13e salaire en Suisse : obligatoire ou pas, et comment le calculer
Chaque fin d’année, la même question revient : « Ai-je droit à un 13e salaire ? ». La réponse surprend souvent : la loi suisse ne l’impose pas. Pourtant, plus de trois salariés sur quatre en reçoivent un, parce que leur contrat, leur convention collective ou l’usage de leur entreprise le prévoit.
Ce guide explique quand le 13e salaire est dû, ce qui le distingue d’une gratification (art. 322d CO), comment il se calcule au prorata en cas d’entrée ou de départ en cours d’année, quand il doit être versé, et ce qui se passe en cas de maladie, de licenciement ou de période d’essai. Avec les chiffres de l’Office fédéral de la statistique et la jurisprudence du Tribunal fédéral.
Le 13e salaire est-il obligatoire ?
Ce que dit la loi : rien
L’art. 322 CO oblige l’employeur à payer le salaire convenu, usuel, ou fixé par un contrat-type ou une convention collective. Aucune disposition du CO n’impose un treizième mois. Sans clause, sans CCT et sans usage, votre salaire annuel est de douze mois.
Votre contrat le prévoit
Dès qu’il est écrit dans le contrat, le règlement du personnel ou une lettre d’engagement, le 13e salaire est un élément du salaire au sens de l’art. 322 CO. L’employeur ne peut plus le supprimer ni le réduire sans votre accord.
Votre CCT l’impose
De nombreuses conventions collectives le rendent obligatoire pour toute la branche. Exemple : la CCNT de l’hôtellerie-restauration prévoit que « le collaborateur a droit à un 13e salaire équivalant à 100 % d’un salaire mensuel brut » (art. 12 CCNT). Vérifiez si votre branche est couverte par une CCT étendue.
L’usage de l’entreprise
Selon le Tribunal fédéral, une gratification versée sans réserve pendant au moins trois années consécutives est réputée convenue (ATF 129 III 276). Un 13e salaire payé régulièrement, sans mention « à bien plaire », devient donc un droit même si le contrat ne le mentionne pas.
Les chiffres : trois salariés sur quatre
Selon l’enquête suisse sur la structure des salaires 2024 de l’OFS, 75,9 % des salariés ont reçu un 13e salaire. 46,4 % des entreprises le versent à la quasi-totalité de leur personnel, et 27,9 % n’en versent aucun.
13e salaire ou gratification : la différence qui change tout
Sur la fiche de paie, « 13e salaire », « gratification », « prime de fin d’année » et « bonus » se ressemblent. Juridiquement, deux régimes s’opposent :
- Le 13e salaire est un élément du salaire. Son montant est fixé d’avance, un mois de salaire, et il ne dépend pas du bon vouloir de l’employeur. Pour le Tribunal fédéral, un montant déterminé d’avance et fermement convenu ne peut pas être une gratification : c’est du salaire (ATF 129 III 276, consid. 2, et ATF 109 II 447). Conséquences : il est dû même si l’année a été mauvaise, il est versé au prorata en cas de départ, et il ne peut pas être supprimé unilatéralement.
- La gratification est une rétribution spéciale. « Si l’employeur accorde en sus du salaire une rétribution spéciale à certaines occasions, telles que Noël ou la fin de l’exercice annuel, le travailleur y a droit lorsqu’il en a été convenu ainsi » (art. 322d al. 1 CO). Elle dépend au moins en partie de la volonté de l’employeur, qui peut en faire varier le montant selon les résultats ou la qualité du travail et, si elle est facultative, ne pas la verser.
- Le prorata n’est pas automatique pour la gratification. « En cas d’extinction des rapports de travail avant l’occasion qui donne lieu à la rétribution spéciale, le travailleur n’a droit à une part proportionnelle de cette rétribution que s’il en a été convenu ainsi » (art. 322d al. 2 CO). Pour le 13e salaire, au contraire, la part proportionnelle est due parce qu’il s’agit de salaire (ATF 109 II 447).
- L’étiquette ne compte pas. Une « gratification » d’un montant fixe, versée chaque année, est traitée comme du salaire. À l’inverse, une gratification qui atteint régulièrement un montant supérieur au salaire perd son caractère accessoire et devient au moins en partie du salaire, sauf pour les très hauts revenus, où ce critère ne s’applique plus (ATF 129 III 276 ; ATF 139 III 155).
Si votre contrat parle de « gratification » ou de « bonus » alors que vous pensiez avoir un 13e salaire, demandez une clarification écrite avant de signer.
Calcul et prorata : combien allez-vous toucher ?
Année complète
Le 13e salaire correspond à un salaire mensuel brut, soit 8,33 % du salaire annuel de base. Avec un salaire de 6’000 francs par mois, le 13e salaire est de 6’000 francs bruts.
Entrée ou départ en cours d’année
Le 13e salaire est dû au prorata des mois travaillés : salaire mensuel × mois travaillés ÷ 12. Entré le 1er avril, vous recevez 9/12 du 13e salaire en décembre ; parti le 30 juin, vous recevez 6/12 avec votre dernier salaire.
Temps partiel
Le 13e salaire se calcule sur le salaire effectivement perçu, donc sur votre taux. À 60 %, il vaut un mois de salaire à 60 %. Un changement de taux ou une augmentation en cours d’année se traduit par un calcul sur la somme des salaires de l’année, divisée par douze.
Salaire horaire
Le 13e salaire est souvent intégré au salaire horaire sous forme de supplément. La CCNT prévoit par exemple que, versé mensuellement ou avec le salaire horaire, « le montant payé est de 8,33 % » (art. 12 CCNT). Vérifiez sur votre fiche de paie que la ligne existe.
Heures supplémentaires, primes, vacances
Ce qui entre dans la base de calcul dépend du contrat ou de la CCT. Dans l’hôtellerie-restauration, les jours de repos, jours fériés et vacances payés en fin de contrat comptent, et les heures supplémentaires seulement si elles sont payées régulièrement (questions-réponses de la CCNT). Sans précision, la base est le salaire de base convenu.
Quand et comment le 13e salaire est-il versé ?
En décembre, en deux fois, ou chaque mois
La plupart des entreprises le versent avec le salaire de décembre. D’autres le partagent entre juin et décembre, ou le lissent chaque mois à 8,33 %. Le contrat ou la CCT fixent la règle : la CCNT exige par exemple un paiement au plus tard avec le salaire de décembre, ou à la fin des rapports de travail (art. 12 CCNT).
À la fin du contrat : avec le dernier salaire
À la fin du contrat, toutes les créances qui en découlent deviennent exigibles (art. 339 al. 1 CO). La part de 13e salaire acquise doit donc être payée avec le dernier salaire, pas au mois de décembre suivant.
Sur la fiche de salaire
L’employeur doit remettre un décompte écrit (art. 323b al. 1 CO). Le 13e salaire y apparaît comme une ligne distincte, ou est intégré au salaire horaire avec son pourcentage. Si rien n’apparaît, demandez.
Cotisations sociales et impôts
Le 13e salaire est du salaire : il est soumis aux cotisations AVS/AI/APG/AC, à la LPP et à l’impôt comme le reste de la rémunération. Pour l’impôt à la source, il est imposé le mois où il est versé et compte dans le revenu annuel qui détermine le taux (exemples de calcul du canton de Genève).
Délai pour réclamer
Les créances de salaire se prescrivent par cinq ans (art. 128 ch. 3 CO). Un 13e salaire oublié ou un prorata non versé peut donc être réclamé plusieurs années après, par écrit à l’employeur puis, à défaut, devant le tribunal des prud’hommes.
Départ, licenciement, maladie, période d’essai : les cas particuliers
Vous démissionnez ou êtes licencié en cours d’année
La part proportionnelle est due, quelle que soit la cause de la fin du contrat (ATF 109 II 447). Un employeur ne peut pas la refuser parce que vous partez de votre propre initiative, sauf s’il s’agit d’une gratification sans clause de prorata (art. 322d al. 2 CO). Pour anticiper la date de sortie, voir notre guide du délai de congé.
Pendant la période d’essai
Certaines CCT excluent le 13e salaire si le contrat prend fin pendant le temps d’essai : la CCNT le prévoit expressément (art. 12 al. 2 CCNT). Hors clause de ce type, la part proportionnelle reste due. Lisez notre guide de la période d’essai.
Maladie, accident, maternité
Tant que l’employeur vous doit le salaire, il vous doit la part de 13e salaire correspondante : c’est le cas pendant la période de maintien du salaire de l’art. 324a CO. Lorsqu’une assurance perte de gain ou les APG prennent le relais, l’indemnité se calcule sur le salaire assuré ou déterminant : vérifiez dans les conditions de l’assurance si le 13e salaire en fait partie.
Libération de l’obligation de travailler
Si l’employeur vous libère pendant le délai de congé, le salaire reste dû jusqu’à la fin du contrat, et le 13e salaire avec lui, au prorata.
Modification ou suppression par l’employeur
Un 13e salaire convenu ne peut pas être réduit ni supprimé unilatéralement : il faut votre accord, ou une résiliation assortie d’une proposition de nouveau contrat. Une gratification facultative, elle, peut ne pas être versée, à condition que l’employeur ait formulé sa réserve à chaque versement et que celle-ci ne soit pas restée une formule vide (ATF 129 III 276).
Négocier le 13e salaire à l’embauche
Hors CCT, le 13e salaire se négocie comme le reste. Quatre réflexes :
- Raisonnez en annuel. Demandez si le salaire annoncé est « × 12 » ou « × 13 ». Beaucoup d’annonces suisses indiquent un salaire annuel brut : un 13e salaire n’y ajoute rien, il est déjà dedans.
- Faites écrire le mot. « 13e salaire » dans le contrat vaut élément de salaire. « Gratification », « prime » ou « bonus » ouvrent la porte à l’art. 322d CO, avec un montant variable et un prorata incertain. Si l’employeur tient à cette formule, faites au moins préciser le prorata en cas de départ.
- Vérifiez la CCT. Si votre branche est couverte par une CCT étendue, le 13e salaire peut y être obligatoire : inutile de le négocier, il est dû.
- Utilisez-le comme levier. Un employeur qui ne peut pas monter le salaire mensuel accepte parfois un 13e salaire, ou l’inverse. Nos conseils pour négocier son salaire s’appliquent aussi à l’embauche.
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Questions fréquentes sur le 13e salaire
Non, aucune loi fédérale ne l’impose. Il devient obligatoire s’il est prévu par votre contrat de travail, par une convention collective applicable à votre branche, ou par un usage de l’entreprise, par exemple un versement sans réserve pendant au moins trois années consécutives (ATF 129 III 276). Dans les faits, 75,9 % des salariés en ont reçu un en 2024 selon l’OFS.
Oui, au prorata : six douzièmes, à verser avec votre dernier salaire (art. 339 al. 1 CO), que vous ayez démissionné ou été licencié. Les exceptions sont la gratification facultative sans clause de prorata (art. 322d al. 2 CO) et les CCT qui excluent le 13e salaire lorsque le contrat prend fin pendant le temps d’essai.
Pas s’il est convenu dans le contrat, la CCT ou par usage : c’est un élément du salaire, qui ne se modifie qu’avec votre accord ou par une résiliation avec proposition d’un nouveau contrat. S’il s’agit d’une gratification versée « à bien plaire », avec une réserve rappelée à chaque versement, l’employeur peut en revanche décider de ne pas la verser.
Comme à plein temps, sur le salaire réellement perçu : un mois de votre salaire à votre taux. Si votre taux ou votre salaire a changé en cours d’année, le 13e salaire correspond à la somme des salaires de l’année divisée par douze.
Le 13e salaire est un montant fixé d’avance, dû comme le salaire. La gratification et le bonus sont des rétributions spéciales (art. 322d CO) dont le montant dépend au moins en partie de l’employeur. Le nom sur le contrat ne suffit pas : un montant fixe versé chaque année est traité comme du salaire, quelle que soit son étiquette (ATF 129 III 276).
Oui, comme le reste du salaire : cotisations AVS/AI/APG/AC, LPP, assurance-accidents et impôts. Pour les personnes imposées à la source, il est imposé le mois de son versement et entre dans le revenu annuel qui fixe le taux.
En résumé
Le 13e salaire n’est pas une obligation légale, mais il devient un droit dès qu’il est convenu, prévu par une CCT ou versé sans réserve pendant plusieurs années. C’est alors du salaire : dû au prorata en cas de départ, payable avec le dernier salaire, impossible à supprimer sans votre accord. Tout l’enjeu tient dans le mot écrit sur votre contrat : « 13e salaire » ou « gratification ».
Et avant de signer, comparez les offres en salaire annuel brut, 13e compris.
Sources
- Code des obligations, art. 128, 322, 322d, 323b, 324a et 339, texte intégral sur Fedlex
- Code de procédure civile, art. 114, gratuité de la procédure pour les litiges de droit du travail jusqu’à 30’000 francs, sur Fedlex
- Office fédéral de la statistique, Enquête suisse sur la structure des salaires 2024, communiqué du 25 novembre 2025 (13e salaire, salaire médian)
- CCNT de l’hôtellerie-restauration, art. 12, 13e salaire
- CCNT, questions-réponses sur l’art. 12 (temps d’essai, heures supplémentaires, salaire horaire)
- Tribunal fédéral, ATF 129 III 276, gratification facultative, gratification convenue ou salaire
- Tribunal fédéral, ATF 109 II 447, gratification présentant les caractéristiques du salaire et prorata
- Tribunal fédéral, ATF 139 III 155, qualification du bonus pour les très hauts revenus
- Canton de Genève, impôt à la source : modification du revenu en cours d’année, bonus et 13e salaire