Recruter un frontalier en Suisse en 2026 : permis G, procédure, impôt à la source, télétravail et emploi des travailleurs frontaliers
Plus de 414 000 frontaliers travaillaient en Suisse au deuxième trimestre 2026 selon l’OFS : 242 000 venus de France, 92 000 d’Italie, 67 000 d’Allemagne, 9 000 d’Autriche. À Genève, ils occupent 118 000 emplois, au Tessin 79 000, dans les deux Bâle plus de 62 000. Pour un recruteur de Genève, Lugano, Bâle, Neuchâtel ou Kreuzlingen, le candidat frontalier n’est pas un cas particulier, c’est le marché.
Ce guide donne la marche à suivre, dans l’ordre : qui peut être frontalier et quel permis demander, qui dépose la demande et en combien de temps, où le salaire est imposé selon le pays de résidence et ce que l’employeur doit retenir, les seuils de télétravail à ne pas franchir, les assurances sociales, le chômage. Il se lit aussi côté candidat, pour vérifier que l’employeur fait les bonnes démarches. Tout est tiré des pages officielles fédérales et cantonales, citées en fin d’article.
En bref : qui est frontalier, et ce qui change selon le pays
Un frontalier est une personne qui travaille en Suisse et rentre à son domicile à l’étranger en principe chaque jour, au moins une fois par semaine. Pour les ressortissants de l’UE et de l’AELE, c’est la seule condition avec le domicile dans un État membre : les zones frontalières ont été abolies, un frontalier peut habiter n’importe où dans l’UE et travailler n’importe où en Suisse (SEM). Pour les ressortissants d’États tiers, la règle reste stricte : droit de séjour durable dans un pays voisin, domicile depuis six mois au moins dans la zone frontalière, emploi dans la zone frontalière suisse.
Le permis est le même partout, le livret G. Ce qui change d’un pays à l’autre, c’est la fiscalité et le télétravail :
| Pays de résidence | Frontaliers en Suisse (T2 2026) | Où le salaire est imposé | Télétravail sans changement fiscal | Télétravail sans changement d’assurances sociales |
|---|---|---|---|---|
| France, hors Genève | 242 082 pour toute la France | En France (accord de 1983), si l’attestation de résidence fiscale est remise à l’employeur | 40 % du temps de travail par an, dès le 1er janvier 2026 | 49,9 % |
| France, emploi à Genève | À Genève, impôt à la source ordinaire ; Genève reverse 3,5 % de la masse salariale à la France | 40 % | 49,9 % | |
| Allemagne | 67 350 | En Allemagne ; la Suisse retient au plus 4,5 % du brut | Les jours de télétravail ne font pas perdre le statut | 49,9 % |
| Italie | 91 609 | Nouveaux frontaliers : retenue suisse à 80 % du barème, puis imposition en Italie avec crédit ; anciens frontaliers : en Suisse seulement | 25 % du temps de travail | 49,9 % |
| Autriche | 8 942 | En Suisse, impôt à la source ordinaire ; la Suisse reverse 12,5 % à l’Autriche | Pas de régime particulier | 49,9 % |
Les deux seuils de télétravail ne se confondent pas : le fiscal dépend du pays, le social est le même pour les quatre voisins depuis l’accord multilatéral du 1er juillet 2023. Détails et sources plus bas.
Le permis G : procédure d’annonce ou autorisation, qui dépose, en combien de temps
Jusqu’à trois mois par année civile : la procédure d’annonce
Aucun permis, une annonce en ligne gratuite avant le début de l’activité, auprès du SEM ou de l’autorité cantonale selon le canton. Si la personne a déjà travaillé trois mois dans l’année ou détient un permis, il faut passer à l’autorisation.
Au-delà de trois mois : l’autorisation frontalière G
Elle est délivrée pour la durée du contrat s’il est compris entre trois mois et un an, pour cinq ans s’il est d’un an ou plus ou à durée indéterminée. Le nom de l’employeur figure sur le livret, mais le frontalier a la mobilité professionnelle et géographique dans toute la Suisse.
Qui dépose : cela dépend du canton
Dans le canton de Vaud, c’est l’employeur qui remplit le formulaire G1 en ligne ; le permis et la facture, 70 francs, lui sont envoyés et il est débiteur solidaire. À Genève, c’est le travailleur qui dépose la demande en ligne pour un emploi de plus de trois mois ; le changement d’employeur s’annonce dans les 14 jours et le travail peut commencer dès l’envoi du dossier complet. Vérifiez la page du service des migrations de votre canton avant la signature du contrat.
Ressortissants d’États tiers : c’est l’employeur qui demande
Permis G délivré sur demande de l’employeur, après contrôle des conditions du marché du travail : à Genève, l’OCIRT vérifie les recherches menées sur les marchés suisse et européen, et le délai est de six à huit semaines. L’autorisation initiale vaut un an, pour la zone frontalière du canton qui l’a délivrée, et un nouveau permis est nécessaire pour changer d’emploi ou de profession.
Le frontalier britannique, croate ou autre cas particulier
Le Royaume-Uni est sorti de la libre circulation : ses ressortissants relèvent des règles des États tiers, sauf droits acquis. Notre guide des permis de travail pour Européens détaille les cas particuliers.
Où le salaire est imposé, et ce que l’employeur doit retenir
France, dans les cantons de Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne, Bâle-Ville, Bâle-Campagne et Soleure
L’accord du 11 avril 1983 impose le salaire en France. L’employeur ne retient pas d’impôt à la source si le frontalier lui a remis, avant le premier jour de travail puis chaque année avant le 1er janvier, l’attestation de résidence fiscale française (formulaire 2041-AS, puis 2041-ASK prérempli). Sans attestation, la retenue est obligatoire. Le frontalier doit rentrer chez lui en règle générale chaque jour, au minimum quatre jours par semaine à plein temps, et la France reverse aux cantons 4,5 % de la masse salariale. L’employeur transmet l’attestation à l’administration cantonale et tient la liste de ses frontaliers.
France, emploi à Genève
Genève n’est pas dans l’accord de 1983 : le salaire est imposé à la source à Genève, au barème ordinaire, retenu par l’employeur. Le canton reverse chaque année à l’Ain et à la Haute-Savoie une compensation de 3,5 % de la masse salariale brute des frontaliers.
Allemagne
Le frontalier est imposé en Allemagne. L’employeur suisse retient au plus 4,5 % du salaire brut, sur présentation de l’attestation de résidence du Finanzamt (Gre-1 pour la première année, renouvelée ensuite). Le statut se perd si la personne ne rentre pas chez elle plus de 60 jours de travail par an pour des raisons professionnelles ; les journées de télétravail à domicile ne comptent pas comme jours de non-retour.
Italie
Depuis l’accord de 2020, en vigueur le 17 juillet 2023 et applicable dès 2024, deux régimes. Les nouveaux frontaliers, entrés sur le marché après le 17 juillet 2023, subissent une retenue suisse égale à 80 % du barème ordinaire de l’impôt à la source, puis sont imposés en Italie avec crédit de l’impôt suisse. Les anciens frontaliers, actifs dans les Grisons, le Tessin ou le Valais entre le 31 décembre 2018 et le 17 juillet 2023, restent imposés en Suisse seulement, et les cantons reversent 40 % de la recette à l’Italie jusqu’à l’année fiscale 2033. Dans les deux cas, le frontalier fiscal habite une commune située à 20 km de la frontière et rentre en principe chaque jour.
Autriche
Plus de régime frontalier depuis 2007 : le salaire est soumis à l’impôt à la source ordinaire en Suisse, et la Confédération reverse 12,5 % de la recette à l’Autriche.
Télétravail des frontaliers : les deux seuils à surveiller
Assurances sociales : 49,9 % maximum
Règle ordinaire du règlement européen 883/2004 : dès 25 % de l’activité exercée dans le pays de résidence, le salarié y est assuré, et l’employeur suisse doit cotiser au système étranger, souvent plus cher. L’accord multilatéral du 1er juillet 2023, signé par la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et le Liechtenstein, permet de rester affilié en Suisse jusqu’à 49,9 % de télétravail. Condition : l’employeur demande une attestation A1 à sa caisse de compensation AVS via la plateforme ALPS, valable trois ans au plus, renouvelable, et rétroactive de trois mois au maximum.
Fiscalité, France : 40 %
L’avenant à la convention franco-suisse, en vigueur depuis le 24 juillet 2025 et applicable dès le 1er janvier 2026, imposera dans l’État de l’employeur jusqu’à 40 % de télétravail par année civile, avec reversement de 40 % des impôts prélevés à l’État de résidence. Jusqu’à dix jours de missions temporaires sont comptés dans le quota. Au-delà de 40 %, les règles ordinaires de la convention s’appliquent dès le premier jour de télétravail. Les cantons demandent à l’employeur d’attester le taux de télétravail.
Fiscalité, Italie : 25 %
Le protocole du 2024, en vigueur depuis le 9 février 2026 et applicable rétroactivement au 1er janvier 2024, permet jusqu’à 25 % de télétravail par année civile sans changer le régime fiscal ni le statut de frontalier.
Fiscalité, Allemagne et Autriche
Pour l’Allemagne, les jours de télétravail ne remettent pas en cause le statut de frontalier, qui est de toute façon imposé en Allemagne ; la Confédération recommande de passer au moins une fois par semaine au lieu de travail suisse. Pour l’Autriche, aucun régime particulier n’existe.
Le contrat de travail
La Confédération recommande de préciser explicitement le droit du travail applicable dans le contrat : sans cette clause, l’application du droit suisse peut être contestée si une part importante du travail est effectuée à l’étranger. Fixez le taux de télétravail par écrit et tenez le décompte des jours.
Assurances sociales, assurance-maladie, chômage : ce qui diffère d’un résident
AVS, AI, APG, LPP, accidents : comme un résident
Tant que le frontalier travaille principalement en Suisse, il est affilié aux assurances suisses et l’employeur cotise normalement. Le salaire minimum cantonal et les CCT s’appliquent selon le lieu de travail, pas le domicile : voir notre guide du salaire minimum par canton.
Assurance-maladie : le droit d’option, dans les trois mois
Principe du lieu de travail : le frontalier doit s’assurer en Suisse. Les résidents de France, d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie peuvent demander à rester assurés dans leur pays, par une demande formelle d’exemption à l’autorité du canton de travail dans les trois mois suivant le début du contrat ; une option tacite n’est pas valable, et un frontalier qui ne s’affilie pas à temps peut être attribué d’office à un assureur avec supplément. Informez le nouvel engagé dès la signature.
Chômage : les indemnités viennent du pays de résidence
Un frontalier qui perd son emploi touche le chômage de son État de domicile, aux conditions de celui-ci, bien qu’il ait cotisé en Suisse. La Suisse rembourse à cet État trois mois d’indemnités, cinq s’il a travaillé plus de douze des vingt-quatre derniers mois en Suisse. L’employeur fournit l’attestation internationale demandée par la caisse étrangère.
Obligation d’annonce à l’ORP
Elle vaut pour tout poste dans un métier où le chômage dépasse 5 %, que le candidat pressenti soit frontalier ou non : voir la liste 2026 des professions soumises.
Recruter un frontalier : les étapes dans l’ordre
- Vérifier le statut. Nationalité UE/AELE et domicile dans l’UE, ou État tiers avec six mois de résidence en zone frontalière. Retour au domicile chaque jour ou au moins chaque semaine.
- Choisir la procédure. Moins de trois mois : annonce en ligne. Plus : permis G, déposé par l’employeur ou le salarié selon le canton, avant le premier jour.
- Régler la fiscalité avant la paie. France hors Genève : exiger l’attestation 2041-AS avant le début, sinon retenir. Genève, Autriche, Italie : impôt à la source, barème ou 80 % du barème. Allemagne : attestation Gre-1 et retenue de 4,5 %.
- Annoncer l’engagement à l’administration fiscale cantonale et à la caisse AVS.
- Fixer le télétravail par écrit, sous 40 % pour la France, 25 % pour l’Italie, et sous 49,9 % pour tous, avec l’attestation A1 via ALPS si la part dépasse 25 %.
- Informer sur l’assurance-maladie : trois mois pour exercer le droit d’option.
- Préciser le droit applicable dans le contrat et renouveler les attestations chaque année.
Pour le reste, un frontalier se recrute comme un résident : salaire conforme au minimum cantonal, CCT de la branche, et questions admises en entretien. Les pages emploi de Genève, Bâle, Bâle-Campagne, Neuchâtel, Jura, Schaffhouse, Thurgovie et Tessin donnent le nombre de frontaliers et le marché de chaque canton.
La méthode Licorn : le lieu de travail et le statut sont posés avant le premier échange
Le profil indique le domicile et le lieu de travail visé
Un candidat de Haute-Savoie qui cible Genève, un Lombard qui cible le Tessin : le recruteur voit le canton recherché, le taux, le télétravail souhaité et le salaire attendu. Dans notre baromètre, 82 % des candidats qui ciblent Genève habitent en France.
La proposition part avec les conditions
Salaire, lieu, taux, télétravail : le recruteur propose, le candidat accepte ou refuse. Les seuils de télétravail se discutent avant la signature, pas après.
Skan sonde le marché des deux côtés de la frontière
L’agent de Licorn propose aux candidats les annonces pertinentes, y compris aux frontaliers en poste qui restent à l’écoute. Notre mode d’emploi pour les recruteurs explique le reste.
Questions fréquentes sur le recrutement d’un frontalier
Cela dépend du canton et de la nationalité. Pour un ressortissant UE/AELE, l’employeur dépose la demande dans le canton de Vaud (formulaire G1) alors qu’à Genève c’est le salarié ; pour un ressortissant d’État tiers, c’est toujours l’employeur. Jusqu’à trois mois par an, une simple annonce en ligne suffit.
Pour un ressortissant UE/AELE, le travail peut souvent commencer dès le dépôt du dossier complet, et le permis vaut cinq ans pour un contrat d’un an ou plus. Pour un ressortissant d’État tiers, Genève indique six à huit semaines, le temps du contrôle des conditions du marché du travail.
À Genève, oui, au barème ordinaire. Dans les cantons de l’accord de 1983 (Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Soleure), non, à condition d’avoir reçu l’attestation de résidence fiscale 2041-AS avant le premier jour de travail et chaque année ; sans elle, la retenue est obligatoire.
Jusqu’à 49,9 % sans changer d’assurances sociales, avec une attestation A1 dès 25 %. Pour la fiscalité, jusqu’à 40 % pour un résident de France dès 2026 et 25 % pour un résident d’Italie ; au-delà, l’État de résidence impose les jours travaillés chez lui.
Non : il s’inscrit dans son pays de résidence et touche les indemnités de celui-ci, bien qu’il ait cotisé en Suisse. La Suisse rembourse à cet État trois à cinq mois d’indemnités.
En principe oui, dans les trois mois. Les résidents de France, d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie peuvent demander formellement à rester assurés chez eux dans ce même délai de trois mois ; passé ce délai ou sans demande formelle, l’assurance suisse s’impose.
En résumé
Recruter un frontalier demande quatre vérifications avant la signature : le statut et le permis, qui dépend du canton ; la fiscalité, qui dépend du pays et, pour la France, du canton ; le télétravail, avec un seuil social à 49,9 % et des seuils fiscaux à 40 % pour la France et 25 % pour l’Italie ; l’assurance-maladie, à régler dans les trois mois. Le reste du contrat ne change pas.
Les chiffres de l’OFS le rappellent : dans les cantons frontaliers, un recruteur qui écarte les frontaliers écarte une part décisive des candidats. Les pages emploi par canton donnent l’ampleur du phénomène, et les profils Licorn disent d’emblée où le candidat habite et où il veut travailler.
Sources
- Office fédéral de la statistique, Statistique des frontaliers (STAF), 2e trimestre 2026 : 414 262 frontaliers, par pays de résidence et canton de travail
- Secrétariat d’État aux migrations, fiche Frontaliers : conditions UE/AELE, durée des autorisations, chômage, assurance-maladie
- SEM, Permis G UE/AELE (autorisation frontalière) : retour hebdomadaire, validité, procédure d’annonce, mobilité
- SEM, Livret G pour ressortissants d’États tiers : zone frontalière, six mois de domicile, validité d’un an
- État de Genève, Demander un permis de travail frontalier : qui dépose, procédure d’annonce, États tiers, délais, assurance-maladie
- État de Vaud, Autorisations frontalières sur carte : formulaire G1, rôle de l’employeur, 70 francs
- Canton de Neuchâtel, Frontaliers : accord de 1983, attestation 2041-AS/ASK, compensation de 4,5 %, télétravail 40 %, obligations de l’employeur
- État de Vaud, Personnes imposées à la source : frontaliers domiciliés en France, attestation de résidence avant le premier jour, retenue obligatoire sinon
- État de Genève, Versement à la France de la compensation financière relative aux frontaliers : 3,5 % de la masse salariale
- Secrétariat d’État aux questions financières internationales, avenant CH-FR : entrée en vigueur le 24 juillet 2025, applicable dès 2026, télétravail 40 %, reversement de 40 %
- Finanzamt Baden-Württemberg, Grenzgänger : art. 15a de la convention, retenue de 4,5 %, attestation de résidence, 60 jours de non-retour, télétravail (en allemand)
- Administration fédérale des contributions, Nouvel accord Suisse-Italie sur l’imposition des frontaliers, fiche et FAQ : 80 %, anciens frontaliers, 40 % jusqu’en 2033, zone de 20 km (en italien)
- Conseil fédéral, protocole Suisse-Italie sur le télétravail des frontaliers : en vigueur le 9 février 2026, applicable dès 2024, 25 % (en italien)
- Administration fédérale des contributions, Imposition à la source, état au 1er janvier 2025 : frontaliers d’Autriche, reversement de 12,5 % (en allemand)
- Office fédéral des assurances sociales, Télétravail transfrontalier : accord multilatéral du 1er juillet 2023, 49,9 %, attestation A1 via ALPS
- Portail PME de la Confédération, Télétravail des frontaliers : seuil de 25 %, règles fiscales par pays, droit applicable au contrat
- Office fédéral de la santé publique, Assurance-maladie des travailleurs frontaliers : principe du lieu de travail, droit d’option, délai de trois mois
- SECO, arbeit.swiss, Règlement (CE) 883/2004 : chômage des frontaliers dans l’État de résidence, remboursement de trois à cinq mois
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